Sous le soleil de Mandchourie, Leone parle coréen

Avec Le Bon, la Brute et le Cinglé, Kim Jee-woon ne se contente pas de saluer Sergio Leone : il déplace le western, le repeint aux couleurs de la Corée et lui rend son ivresse première. Le film revient au cinéma le 15 juillet 2026.

Le bon, la brute et le cinglé
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Il y a des films qui citent leurs maîtres avec révérence et d’autres qui les saluent en sautant d’un train lancé à pleine vitesse.
Le Bon, la Brute et le Cinglé appartient à cette dernière famille. 
Son titre regarde évidemment vers Sergio Leone, vers cette mythologie sèche où trois silhouettes suffisent à dessiner un monde mais chez Kim Jee-woon l’hommage n’est jamais un musée. 
C’est une déflagration.

Le bon
Le bon

Nous sommes en Mandchourie, dans les années 1930. Une carte au trésor circule comme une promesse et comme une malédiction. Autour d’elle gravitent trois figures : le Bon, le Brute, le Cinglé. Le western est là, avec ses chevaux, ses poussières, ses regards de biais, ses duels différés. Pourtant, quelque chose a changé. 
Le désert n’est plus seulement américain ou espagnol : il devient coréen, traversé par l’Histoire, par l’occupation japonaise, par les frontières incertaines, par les trafics, les langues, les fantômes d’un continent en désordre.

La brute
La brute

Kim Jee-woon filme cette confusion avec une joie presque insolente. Sa caméra ne reproduit pas les codes du western : elle les accélère, les plie, les électrise. 
Là où Leone étirait le temps jusqu’au vertige, Kim le propulse dans une cavalcade pop. Les corps chutent, les motos surgissent, les balles sifflent, les silhouettes se découpent dans la poussière comme dans une bande dessinée rêvée par un cinéaste classique. 
C’est du cinéma physique, presque artisanal, où l’action garde le goût du risque et de la sueur.

Le cinglé
Le cinglé

L’originalité du film tient surtout à son déplacement. Le Bon, la Brute et le Cinglé n’est pas un western déguisé en cinéma coréen, c’est un film coréen qui s’empare du western pour l’emmener ailleurs. Dans ce mouvement, il dépasse l’exercice de style à la Queneau. Il transforme la citation en langue vivante, la nostalgie en énergie neuve, le pastiche en territoire.

On en ressort avec la sensation rare d’avoir vu un genre se souvenir de son passé tout en retrouvant son enfance : celle où le cinéma, encore, pouvait être une carte, un désert, trois hommes lancés vers l’inconnu et la promesse que 
le monde, au bout de la course, exploserait en couleurs.

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